Fraude à l’assurance : ce que l’expert vérifie et vos recours

 
375 000 €l'amende maximale encourue pour escroquerie atteint
5 ansatteint 375 000 € et l'emprisonnement encouru peut atteindre
5 joursdéclaration d'un sinistre doit intervenir sous
500 millions d'eurosfraude détectée par les assureurs dépasse

Mis à jour le 6 septembre 2026

Suspicion de fraude à l'assurance : ce que l'expert vérifie, comment se défendre d'un soupçon injustifié : de quoi parle-t-on ?

La fraude à l'assurance est une expression que l'on rencontre dans deux situations très différentes. La première est celle de l'assuré qui, après un sinistre, voit son dossier ralentir, reçoit une demande de pièces complémentaires inhabituelle, puis un courrier évoquant une « incohérence » ou une « réserve » : il comprend qu'on le soupçonne, sans qu'on le lui dise franchement. La seconde est celle du lecteur qui veut savoir où passe la limite entre une déclaration maladroite, une estimation optimiste et une manœuvre réellement frauduleuse, parce qu'il redoute de franchir une ligne sans le savoir. Cette requête fait l'objet de recherches régulières sur Google, et notre cabinet la voit ressurgir à chaque expertise de sinistre un peu tendue.

Ce que nous constatons sur le terrain, c'est que le mot est lourd, mais la matière est technique. Un assureur ne rejette pas un dossier « pour fraude » sur une impression : il s'appuie sur un rapport d'expertise qui relève des écarts de dates, des dommages incompatibles avec la cause déclarée, des justificatifs douteux ou un chiffrage hors de proportion. Comprendre ce que l'expert regarde, dans quel ordre et avec quels outils, permet de lire son dossier avec les mêmes yeux que lui, et donc de repérer ce qui prête à confusion avant que la confusion ne devienne un refus.

Cette page pose le cadre juridique de la fraude à l'assurance, détaille la méthode de vérification d'un expert sur un sinistre bâtiment, explique comment répondre à un soupçon injustifié, chiffre ce que coûte réellement une fraude avérée et précise à quel moment un expert d'assuré indépendant devient utile. Elle est écrite au nom du cabinet, avec la posture qui est la nôtre : constater, documenter, qualifier, sans procès d'intention.

À retenir

un soupçon de fraude repose toujours sur des écarts objectifs relevés dans le dossier, jamais sur une simple intuition ; connaître les points contrôlés par l'expert est la première protection de l'assuré de bonne foi.

Qu'est-ce qu'une fraude à l'assurance au sens du droit et quelles formes prend-elle ?

Le Code des assurances ne contient pas d'article intitulé « fraude ». Il organise en revanche des mécanismes précis qui sanctionnent la déloyauté de l'assuré à deux moments : à la souscription du contrat et à la déclaration du sinistre. Le Code pénal prend le relais lorsque la manœuvre constitue une escroquerie ou un faux. Vulgarisons : frauder son assurance, c'est tromper l'assureur pour obtenir soit une couverture qu'il n'aurait pas accordée aux mêmes conditions, soit une indemnité supérieure à la perte réellement subie. Le mot-clé est l'intention : sans volonté de tromper, on est dans l'erreur ou la négligence, pas dans la fraude.

À la souscription, l'article L113-8 du Code des assurances prévoit la nullité du contrat en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle qui change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureur, même si le sinistre survenu n'a aucun rapport avec l'information dissimulée. Les primes payées restent acquises à l'assureur et les indemnités déjà versées doivent être remboursées. L'article L113-9 traite du cas symétrique : la déclaration inexacte non intentionnelle. Elle n'entraîne pas la nullité mais une réduction proportionnelle de l'indemnité, calculée sur le rapport entre la prime payée et celle qui aurait été due si le risque avait été correctement déclaré. La distinction entre les deux textes est le cœur de nombreux contentieux : l'assureur cherche à prouver l'intention, l'assuré à démontrer l'oubli ou l'incompréhension d'une question.

Au moment du sinistre, la fraude prend des formes que la pratique regroupe en quatre familles. L'exagération : le dommage est réel mais son étendue ou sa valeur est gonflée, en ajoutant des biens non touchés ou en majorant des devis. L'antidatage ou le déplacement dans le temps : un désordre antérieur à la souscription, ou survenu pendant une période de carence, est présenté comme récent. La mise en scène : le sinistre est provoqué ou simulé. Le faux documentaire : factures, devis, attestations ou photographies sont fabriqués ou modifiés. La sanction contractuelle classique est la déchéance de garantie, c'est-à-dire la perte du droit à indemnité pour ce sinistre ; elle n'est opposable que si le contrat la prévoit par une clause rédigée en caractères très apparents, comme l'exige l'article L112-4 du Code des assurances.

La fraude organisée, avec complicité d'un professionnel (artisan, garagiste, intermédiaire), relève des mêmes qualifications pénales mais mobilise en plus les services d'enquête spécialisés des assureurs et l'Agence pour la Lutte contre la Fraude à l'Assurance (ALFA), organisme professionnel qui coordonne la détection et publie chaque année un bilan des montants identifiés. Les démarches de réclamation et de recours de l'assuré sont, elles, décrites sur service-public.fr, qui rappelle les obligations de déclaration et les voies de contestation.

Comportement Qualification Texte de référence Sanction maximale
Fausse déclaration intentionnelle à la souscription Nullité du contrat Art. L113-8 Code des assurances Contrat annulé, primes conservées par l'assureur, indemnités versées à rembourser
Déclaration inexacte non intentionnelle Réduction proportionnelle Art. L113-9 Code des assurances Indemnité réduite au prorata prime payée / prime due
Exagération des dommages déclarés Déchéance de garantie (si clause) Art. L112-4 Code des assurances + contrat Perte totale de l'indemnité pour le sinistre concerné
Sinistre fictif ou mis en scène Escroquerie Art. 313-1 Code pénal 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende
Factures, devis ou attestations falsifiés Faux et usage de faux Art. 441-1 Code pénal 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende
Faux devis transmis avant tout paiement Tentative d'escroquerie Art. 313-3 Code pénal Mêmes peines que l'escroquerie consommée

Ce tableau montre une gradation que les assurés ignorent souvent : la tentative est punie comme l'infraction consommée. Un devis gonflé envoyé à l'assureur, même s'il n'est jamais payé, suffit à caractériser la tentative d'escroquerie dès lors que l'intention est établie. À l'inverse, une estimation de bonne foi qui s'avère trop élevée, corrigée lors de l'expertise contradictoire, n'est pas une fraude : c'est le fonctionnement normal du chiffrage d'un sinistre, où l'expert ramène la réclamation à la valeur réelle en application du principe indemnitaire de l'article L121-1 du Code des assurances.

À retenir

la fraude à l'assurance suppose une intention de tromper ; l'erreur non intentionnelle relève de la réduction proportionnelle (L113-9), la fausse déclaration volontaire de la nullité (L113-8), et la mise en scène ou le faux documentaire du Code pénal, avec des peines pouvant atteindre 5 ans et 375 000 €.

Ce que l'expert vérifie : comment un expert reconnaît-il une fraude à l'assurance sur un sinistre bâtiment ?

L'expert mandaté par l'assureur n'est pas un enquêteur et n'a aucun pouvoir de police. Sa mission est de constater les dommages, d'en rechercher la cause, de vérifier que les garanties du contrat s'appliquent et de chiffrer la perte. C'est dans l'exécution de ces quatre tâches que les incohérences apparaissent, et c'est exactement le même travail que mène un expert d'assuré, dans l'intérêt de l'assuré cette fois. Lors d'une expertise sur ce type de dossier, notre cabinet procède dans un ordre constant : la chronologie, la compatibilité entre la cause et les dommages, l'antériorité, puis le chiffrage et les justificatifs.

La chronologie est le premier filtre. L'expert rapproche trois dates : la prise d'effet du contrat, la date déclarée du sinistre et la date de déclaration à l'assureur. L'article L113-2 du Code des assurances impose une déclaration dans le délai fixé au contrat, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés pour la plupart des sinistres et à 2 jours ouvrés en cas de vol. Un sinistre déclaré quelques jours après la souscription, ou juste à l'issue d'une période de carence, attire l'attention non parce qu'il serait impossible, mais parce qu'il oblige à vérifier avec plus de soin que les dommages ne préexistaient pas. Pour les événements climatiques, l'expert confronte la date déclarée aux relevés météorologiques : la garantie tempête suppose un vent dont la vitesse dépasse le seuil fixé au contrat, et la garantie catastrophe naturelle suppose un arrêté interministériel de reconnaissance publié pour la commune et la période concernées.

La compatibilité entre la cause et les dommages est le cœur technique de la vérification. Un désordre a une signature : une fuite sous pression ne produit pas les mêmes traces qu'une infiltration lente, un choc ne fissure pas un mur comme un tassement différentiel, une surtension n'endommage pas un appareil comme une usure. Les référentiels de pathologie publiés par l'Agence Qualité Construction et les travaux du CSTB décrivent ces signatures et permettent à l'expert de dire si le scénario déclaré peut physiquement avoir produit ce qu'il observe. Sur un dégât des eaux, l'humidimètre mesure la teneur en eau des matériaux : un plâtre encore saturé correspond à une fuite récente ou active, un plâtre sec sous une auréole brune correspond à une infiltration ancienne et déjà évaporée. Sur des fissures, la mesure de l'ouverture, le relevé de leur orientation et la recherche de traces de reprises antérieures (rebouchage, peinture plus récente) permettent de dater approximativement leur apparition.

lire l'ancienneté d'un dégât des eaux

Une auréole aux bords bruns et nets, sèche au toucher, signale une infiltration ancienne plutôt qu'une fuite survenue la semaine précédente.

Un plancher gonflé sur toute la surface d'une pièce alors que la fuite déclarée est ponctuelle traduit une durée d'exposition incompatible avec le récit.

Des moisissures noires développées derrière un meuble supposent plusieurs semaines d'humidité, ce que la mesure à l'humidimètre confirme ou infirme en quelques minutes.

L'antériorité est la troisième vérification. L'expert cherche si le désordre existait avant la souscription ou avant l'acquisition du bien. Un état des lieux d'entrée, un diagnostic technique de vente, des photographies d'annonce immobilière ou un précédent rapport de sinistre sont des pièces qu'il demande couramment. Un défaut de construction antérieur à l'achat et caché par le vendeur ne relève pas de l'assurance habitation mais de la garantie des vices cachés du vendeur, définie à l'article 1641 du Code civil ; le déclarer comme sinistre accidentel constitue précisément l'un des cas de requalification les plus fréquents, parfois par méconnaissance de l'assuré, parfois délibérément.

Le chiffrage et les justificatifs ferment la boucle. En application du principe indemnitaire, l'indemnité ne peut dépasser la valeur de la chose au moment du sinistre, vétusté déduite sauf garantie valeur à neuf. L'expert compare donc les devis produits aux prix de marché, vérifie que les postes chiffrés correspondent aux dommages constatés, et contrôle les factures : numéro de SIRET de l'entreprise, cohérence des dates, TVA appliquée, existence réelle de l'artisan. Pour les biens mobiliers, il demande factures d'achat, relevés bancaires, photographies antérieures, notices ou emballages. Les photographies numériques fournies par l'assuré sont examinées avec leurs métadonnées, qui renseignent la date de prise de vue et l'appareil utilisé.

Point contrôlé Ce qui rassure l'expert Ce qui déclenche une vérification approfondie Pièces demandées
Date du sinistre Déclaration dans les 5 jours ouvrés, récit stable Sinistre juste après la souscription ou une carence, dates variables d'un courrier à l'autre Contrat, courriel ou courrier de déclaration, intervention d'urgence datée
Cause déclarée Signature du désordre conforme à la cause Traces incompatibles (dommage ancien, sec, déjà repris) Photos horodatées, rapport du plombier ou couvreur, relevés météo
Étendue des dommages Dommages localisés et cohérents avec la propagation Biens éloignés ou non exposés inclus dans la réclamation Plan des lieux, inventaire pièce par pièce
Antériorité Aucun précédent, état d'entrée propre Réparations récentes masquant un désordre, sinistre similaire déclaré antérieurement État des lieux, diagnostics de vente, précédents rapports
Chiffrage Devis détaillés au prix de marché Devis forfaitaires, postes sans lien avec le sinistre, prix hors marché Deux devis comparatifs, factures antérieures
Justificatifs Factures d'entreprises identifiables Factures sans SIRET, TVA incohérente, mise en page altérée Factures originales, preuves de paiement

La lecture de ce tableau appelle une précision méthodologique : un seul indice d'alerte ne fait pas une fraude. Une déclaration tardive peut s'expliquer par une absence, un désordre ancien peut coexister avec un sinistre récent qui l'a aggravé, un devis élevé peut refléter une urgence réelle. L'expert honnête, quel que soit son mandant, ne conclut à l'incohérence qu'en croisant plusieurs indices convergents, et il l'écrit dans son rapport en distinguant ce qu'il constate de ce qu'il en déduit. Cette exigence de traçabilité du raisonnement est celle que formalise la norme NF X50-110 (2024) sur la qualité en expertise, à laquelle notre cabinet se réfère.

À retenir

l'expert vérifie dans l'ordre la chronologie, la compatibilité physique entre la cause déclarée et les dommages, l'antériorité du désordre, puis le chiffrage et l'authenticité des justificatifs ; aucun indice isolé ne suffit, seule la convergence de plusieurs écarts fonde une réserve pour suspicion de fraude.

Comment se défendre d'un soupçon de fraude injustifié quand l'assureur refuse d'indemniser ?

Le premier réflexe, quand un assureur écrit qu'il « émet des réserves » ou qu'il « ne peut donner suite » à une déclaration de sinistre, est de comprendre sur quel terrain juridique il se place. Deux règles protègent l'assuré et structurent toute la défense. La première est que la bonne foi se présume : l'article 2274 du Code civil pose que c'est à celui qui allègue la mauvaise foi de la prouver. La seconde est la règle générale de la charge de la preuve, à l'article 1353 du même code : l'assureur qui invoque une fausse déclaration intentionnelle pour refuser sa garantie doit établir à la fois l'inexactitude de la déclaration et l'intention de tromper. Une simple invraisemblance, un devis jugé élevé ou un doute sur la date ne suffisent pas ; la Cour de cassation l'a rappelé de façon constante, notamment pour les clauses de déchéance qui sanctionnent la fausse déclaration de sinistre. Ces clauses ne sont en outre opposables que si elles figurent dans le contrat en caractères très apparents, comme l'exige l'article L112-4 du Code des assurances, consultable sur Légifrance.

Concrètement, la défense s'organise en quatre temps. Premier temps : obtenir la motivation écrite et complète du refus. Un courrier qui parle de « déclarations non conformes à la réalité » sans dire lesquelles ne permet pas de répondre ; il faut demander, par lettre recommandée avec accusé de réception, la liste précise des éléments contestés et la communication du rapport d'expertise sur lequel l'assureur s'appuie. Ce rapport contient des données personnelles au sens du Règlement général sur la protection des données ; le droit d'accès prévu par son article 15 oblige l'assureur à répondre dans un délai d'un mois, ce qui constitue un levier efficace lorsqu'il tarde à transmettre les pièces.

Deuxième temps : documenter, sans jamais retoucher la chronologie initiale. L'erreur la plus fréquente que nous observons chez les assurés de bonne foi est de « corriger » une date ou un montant après coup, pour coller à ce qu'ils imaginent attendu. Chaque modification devient un indice supplémentaire d'incohérence. La bonne méthode consiste au contraire à consolider la première version : photographies horodatées, relevés de compteur d'eau ou d'électricité, factures d'achat des biens endommagés, attestations de tiers (voisins, syndic, artisan intervenu en urgence), messages échangés avec l'assureur ou le plombier. Si une erreur matérielle a réellement été commise dans la déclaration, il faut la signaler soi-même, par écrit, en expliquant son origine : une erreur reconnue spontanément est très difficile à qualifier d'intentionnelle.

Troisième temps : faire examiner le dossier par un expert indépendant, dit expert d'assuré, qui relit le rapport adverse point par point et, si nécessaire, demande l'ouverture d'une expertise contradictoire. La plupart des contrats multirisques habitation prévoient qu'en cas de désaccord entre l'expert de l'assureur et celui de l'assuré, un troisième expert est désigné d'un commun accord ou par le tribunal ; ses honoraires sont alors partagés par moitié entre les parties. Cette procédure conventionnelle est souvent plus rapide qu'un procès et suffit dans nombre de dossiers à lever une réserve fondée sur une lecture trop rapide des faits.

Quatrième temps : les recours amiables puis judiciaires. Le tableau suivant récapitule l'enchaînement et les délais qui s'y attachent.

Étape Destinataire Délai ou règle applicable
Demande de motivation et du rapport d'expertise Service sinistres de l'assureur Réponse au droit d'accès RGPD sous 1 mois
Réclamation écrite Service réclamations de l'assureur L'assureur dispose de 2 mois pour répondre
Saisine du Médiateur de l'assurance Médiateur de l'assurance (gratuit) Après réponse négative ou 2 mois sans réponse ; avis rendu dans les 90 jours suivant la complétude du dossier
Expertise contradictoire puis tierce expertise Experts des deux parties, puis tiers expert Selon clause du contrat ; frais du tiers expert partagés par moitié
Action en justice Tribunal judiciaire Prescription biennale, article L114-1 du Code des assurances
Interruption de la prescription Lettre recommandée avec accusé de réception Article L114-2 du Code des assurances

La prescription de deux ans mérite une attention particulière : elle court à compter de l'événement qui donne naissance à l'action, c'est-à-dire le sinistre, et non à compter du refus de l'assureur. Un assuré qui négocie pendant dix-huit mois puis attend l'avis du médiateur peut se retrouver hors délai. L'envoi d'une lettre recommandée relative au règlement de l'indemnité interrompt ce délai et en fait repartir un nouveau ; c'est un acte simple qu'il ne faut jamais différer. Les démarches auprès du médiateur et le formalisme des courriers sont décrits sur service-public.fr.

Enfin, si l'assureur a déposé plainte ou fait état d'un signalement, il ne faut ni l'ignorer ni improviser une réponse. Le dossier civil et le dossier pénal se nourrissent des mêmes pièces : une chronologie stable, des justificatifs authentiques et un rapport d'expertise indépendant qui explique techniquement pourquoi les dommages sont compatibles avec la cause déclarée constituent la meilleure défense sur les deux terrains à la fois.

À retenir

la bonne foi se présume et c'est à l'assureur de prouver l'intention de tromper ; l'assuré soupçonné à tort doit exiger la motivation écrite et le rapport d'expertise, consolider sa première version des faits sans jamais la retoucher, puis enchaîner réclamation, médiation et, si besoin, action judiciaire dans le délai de deux ans, interrompu par simple lettre recommandée.

Combien coûte une fraude à l'assurance : sanctions, nullité du contrat et coût pour les assurés honnêtes ?

La question « combien coûte une fraude à l'assurance » revient régulièrement dans les recherches qui mènent à ce type de page, et elle appelle deux réponses distinctes : ce qu'elle coûte à celui qui la commet, et ce qu'elle coûte à la collectivité des assurés. Sur le premier point, le droit français empile trois étages de sanctions qui peuvent se cumuler pour un même fait.

L'étage contractuel est le plus immédiat. Lorsqu'une fausse déclaration porte sur le sinistre lui-même (date, cause, étendue des dommages, valeur des biens), le contrat prévoit généralement une clause de déchéance : l'assuré perd tout droit à indemnité pour ce sinistre, y compris pour la part des dommages qui était réelle. Un dégât des eaux avéré, gonflé par l'ajout d'un meuble qui n'existait pas, peut ainsi ne donner lieu à aucune indemnisation. Lorsque la fausse déclaration porte sur le risque, c'est-à-dire sur les informations fournies à la souscription ou en cours de contrat (surface du logement, usage, existence d'une piscine, antécédents de sinistres), l'article L113-8 du Code des assurances prévoit la nullité du contrat si l'intention est établie : l'assureur conserve toutes les primes versées et peut réclamer le remboursement des indemnités déjà réglées, même pour des sinistres antérieurs sans rapport avec la fausse déclaration. Si l'omission n'est pas intentionnelle, l'article L113-9 s'applique et l'indemnité est réduite en proportion du rapport entre la prime payée et celle qui aurait dû l'être : c'est la règle proportionnelle de prime.

L'étage pénal s'ajoute lorsque la manœuvre est caractérisée. La fraude à l'assurance n'est pas une infraction autonome dans le Code pénal ; elle est poursuivie sous la qualification d'escroquerie, définie à l'article 313-1 et punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 € d'amende, la tentative étant punie des mêmes peines. Lorsque des documents ont été fabriqués ou modifiés (fausse facture, devis antidaté, attestation fictive), le faux et l'usage de faux de l'article 441-1 s'y ajoutent, avec trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. Le sinistre volontairement provoqué pour toucher l'indemnité relève de qualifications plus lourdes encore, la destruction volontaire par incendie notamment. Ces textes sont accessibles sur Légifrance.

Comportement Fondement Sanction encourue
Fausse déclaration intentionnelle du risque à la souscription Art. L113-8 Code des assurances Nullité du contrat, primes conservées par l'assureur, indemnités antérieures à restituer
Omission ou déclaration inexacte non intentionnelle Art. L113-9 Code des assurances Réduction proportionnelle de l'indemnité (règle proportionnelle de prime)
Fausse déclaration de sinistre (exagération, biens fictifs) Clause de déchéance du contrat, art. L112-4 Perte totale de l'indemnité pour le sinistre concerné
Escroquerie (manœuvres frauduleuses pour obtenir l'indemnité) Art. 313-1 Code pénal 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende
Faux et usage de faux (facture, devis, attestation) Art. 441-1 Code pénal 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende
Résiliation après sinistre frauduleux Conditions générales du contrat Résiliation, difficulté à se réassurer, surprime chez le nouvel assureur

Le troisième étage est économique et souvent sous-estimé : la résiliation. Un assureur qui établit une fraude résilie le contrat et l'assuré doit déclarer cet antécédent au suivant, qui peut refuser le risque ou appliquer une surprime durable. Pour un propriétaire, l'absence d'assurance habitation ou de dommages-ouvrage rend en outre un bien difficile à vendre ou à financer.

Reste le coût pour les assurés honnêtes. Les organismes professionnels du secteur, dont l'Agence pour la lutte contre la fraude à l'assurance, publient chaque année le montant des fraudes détectées, qui se chiffre en centaines de millions d'euros, tout en soulignant que la fraude non détectée est par construction impossible à mesurer précisément. Ce coût est répercuté dans les primes de tous : c'est l'argument que les assureurs mettent en avant pour justifier le renforcement de leurs contrôles, et c'est aussi la raison pour laquelle les assurés de bonne foi se retrouvent plus souvent qu'avant confrontés à des demandes de justificatifs, à des visites d'enquêteurs ou à des réserves d'expert. La lutte contre la fraude à l'assurance produit donc un effet secondaire : elle multiplie les soupçons injustifiés, dont le coût pèse sur des assurés qui n'ont rien à se reprocher et qui doivent engager du temps, parfois des frais d'expertise, pour établir ce qui aurait dû être présumé.

À retenir

la fraude coûte à son auteur la perte de l'indemnité, la nullité du contrat avec primes conservées et indemnités à rembourser, jusqu'à 5 ans de prison et 375 000 € d'amende pour escroquerie, plus 3 ans et 45 000 € pour faux ; elle coûte à la collectivité des centaines de millions d'euros par an répercutés dans les primes, et aux assurés honnêtes un durcissement des contrôles qui multiplie les soupçons à démonter.

Quand faire appel à un expert d'assuré indépendant face à une suspicion de fraude ?

Tous les dossiers réservés ne justifient pas une contre-expertise. Une demande de facture complémentaire ou une question sur la date d'achat d'un appareil relève de la gestion ordinaire d'un sinistre et se règle par un courrier. Le recours à un expert d'assuré devient pertinent dès qu'apparaît l'un des signaux suivants : une réserve écrite motivée par une « incohérence » entre la cause déclarée et les dommages constatés ; un refus fondé sur l'antériorité supposée du désordre ; la mise en cause de l'authenticité d'un devis ou d'une facture ; l'annonce qu'un enquêteur mandaté par l'assureur va prendre contact ; ou encore un montant en jeu suffisamment important pour que les frais d'expertise soient proportionnés à l'enjeu. Dans les sinistres bâtiment, ce dernier critère est vite atteint : un dégât des eaux avec reprise de plancher, un incendie partiel ou des fissures liées à la sécheresse représentent des chiffrages où une réserve de l'assureur se traduit par plusieurs milliers d'euros non indemnisés.

Il faut ici distinguer trois experts que le langage courant confond. L'expert d'assurance est mandaté et rémunéré par la compagnie ; il travaille loyalement, mais son cahier des charges inclut la détection des anomalies et il rend compte à son mandant. L'expert d'assuré, que le lecteur peut désigner librement, défend les intérêts de l'assuré dans le cadre de l'expertise contradictoire prévue au contrat ; certains contrats prennent en charge tout ou partie de ses honoraires au titre de la garantie « honoraires d'expert », ce qu'il faut vérifier dans les conditions particulières. L'expert judiciaire, enfin, est désigné par un tribunal et ne dépend d'aucune des parties ; il n'intervient qu'en cas de contentieux. La présentation générale de ces missions et de l'expertise en bâtiment figure sur la page d'accueil de Global Expertises ; nous ne la reprenons pas ici.

Ce que fait concrètement l'expert d'assuré face à une suspicion de fraude tient en quatre opérations. Il relit d'abord le rapport de l'expert d'assurance en séparant ce qui y est constaté de ce qui y est déduit, exactement comme l'exige la norme NF X50-110 (2024) sur la qualité en expertise : un rapport qui écrit « les dommages ne sont pas compatibles avec un dégât des eaux » sans donner la mesure d'humidité, la localisation des traces et la date des relevés est un rapport contestable sur sa méthode. Il se rend ensuite sur place et refait les constats : mesures d'humidité au humidimètre sur les zones sinistrées et sur des zones témoins, relevé et datation des fissures par la présence ou l'absence de poussière et de salissures dans la lèvre, cohérence entre les traces d'écoulement et la source déclarée, position du point de départ d'un feu par rapport aux installations. Il reconstitue en troisième lieu la chronologie à partir de pièces objectives, relevés de consommation, factures d'intervention d'urgence, échanges datés, bulletins météorologiques pour les sinistres climatiques. Il vérifie enfin le chiffrage : conformité des devis aux prix de marché régionaux, aux règles de l'art fixées par les DTU concernés (DTU 26.1 pour les enduits, DTU 60.1 pour la plomberie, DTU 40.21 pour les couvertures en tuiles), existence réelle de l'entreprise et cohérence de ses mentions légales.

Le rapport qui en résulte n'a pas pour objet de dire que l'assuré est honnête : personne ne peut prouver une intention absente. Il a pour objet de démontrer, mesure par mesure, que les dommages sont physiquement compatibles avec la cause déclarée, que la chronologie tient et que le chiffrage est justifié. Face à ce document, l'assureur doit soit lever sa réserve, soit exposer techniquement pourquoi il la maintient, ce qui ouvre la voie à la tierce expertise. La ressource documentaire de l'Agence Qualité Construction sur les pathologies du bâtiment est d'ailleurs utile aux deux parties pour objectiver ce qui relève d'un sinistre accidentel et ce qui relève d'un défaut d'entretien ou d'un désordre évolutif ancien.

Le bon moment pour solliciter cet expert est le plus tôt possible après la réserve, et en tout cas avant de répondre par écrit aux questions détaillées de l'assureur ou de recevoir un enquêteur. Les réponses données à ce stade fixent la position de l'assuré pour toute la suite ; une imprécision corrigée ensuite pèse plus lourd qu'une réponse différée de quelques jours pour être exacte. À l'inverse, il est rarement utile de faire appel à un expert d'assuré lorsque l'assureur a déjà réglé l'indemnité et que la contestation ne porte que sur quelques centaines d'euros de vétusté : le rapport coût-bénéfice ne s'y retrouve pas et une réclamation argumentée suffit.

À retenir

l'expert d'assuré s'impose dès qu'une réserve écrite met en cause la compatibilité des dommages, l'antériorité du désordre ou l'authenticité des justificatifs, et avant toute réponse détaillée à l'assureur ; il ne prouve pas la bonne foi, il démontre techniquement, mesures et pièces à l'appui, que le sinistre déclaré est cohérent, ce qui renverse la charge de l'explication sur l'assureur.

FAQ : vos questions sur fraude à l'assurance ?

Ce que l'expert vérifie en cas de suspicion de fraude à l'assurance ?

L'expert examine dans l'ordre la chronologie du sinistre, la compatibilité physique entre la cause déclarée et les dommages relevés, l'antériorité éventuelle du désordre, puis le chiffrage et l'authenticité des justificatifs. Il mesure l'humidité, date les fissures, compare les devis aux prix de marché et vérifie l'existence des entreprises. Aucun indice isolé ne suffit : seule la convergence de plusieurs écarts fonde une réserve, qui doit être motivée dans le rapport.

Comment se défendre d'un soupçon injustifié de fraude à l'assurance ?

Exigez par lettre recommandée la motivation écrite du refus et la communication du rapport d'expertise, que le droit d'accès du RGPD oblige l'assureur à fournir sous un mois. Consolidez votre version initiale avec des pièces datées sans jamais la retoucher, faites-la examiner par un expert d'assuré, puis enchaînez réclamation, Médiateur de l'assurance et, si nécessaire, tribunal judiciaire avant l'expiration du délai de deux ans de l'article L114-1.

Combien coûte une fraude à l'assurance pour celui qui la commet ?

La fausse déclaration de sinistre entraîne la déchéance, c'est-à-dire la perte totale de l'indemnité. La fausse déclaration intentionnelle du risque emporte la nullité du contrat, les primes restant acquises à l'assureur et les indemnités passées devant être remboursées. Au pénal, l'escroquerie de l'article 313-1 est punie de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende, le faux de l'article 441-1 de trois ans et 45 000 €.

Comment reconnaître une fraude à l'assurance sur un sinistre bâtiment ?

Les signes que recherche un œil exercé sont des dommages incompatibles avec la cause invoquée, comme des traces d'humidité anciennes sur un mur déclaré sinistré la semaine précédente, une fissure aux lèvres encrassées présentée comme récente, un devis dont les prix unitaires s'écartent nettement du marché, ou une facture émise par une entreprise introuvable. C'est le faisceau d'indices, jamais un seul élément, qui distingue la fraude de l'erreur.

L'assureur peut-il refuser d'indemniser sur simple doute ?

Non. La bonne foi se présume en vertu de l'article 2274 du Code civil et c'est à l'assureur d'apporter la preuve de la fausse déclaration et de l'intention de tromper. Une clause de déchéance pour fausse déclaration de sinistre n'est en outre opposable que si elle figure au contrat en caractères très apparents, conformément à l'article L112-4 du Code des assurances. Un doute non étayé techniquement doit être contesté par écrit.

Une erreur dans la déclaration de sinistre est-elle une fraude ?

Non, tant que l'intention de tromper n'est pas établie. Une date approximative, un montant estimé de mémoire ou un bien oublié puis ajouté relèvent de l'erreur de bonne foi. Le plus sûr est de signaler soi-même, par écrit, toute inexactitude dès qu'on la découvre, en expliquant son origine. Une erreur reconnue spontanément et documentée est très difficile à requalifier en manœuvre frauduleuse par l'assureur.

Que se passe-t-il si l'expert de l'assureur et le mien ne sont pas d'accord ?

La plupart des contrats multirisques habitation prévoient alors une tierce expertise : un troisième expert est désigné d'un commun accord ou, à défaut, par le tribunal judiciaire, et ses honoraires sont partagés par moitié entre l'assuré et l'assureur. Son avis s'impose aux deux experts sur les points techniques. Cette procédure conventionnelle est plus rapide qu'un procès et règle une grande part des réserves fondées sur une lecture contestable des constats.

Dans quel délai dois-je agir contre le refus de l'assureur ?

L'action contre l'assureur se prescrit par deux ans à compter du sinistre, et non du refus, selon l'article L114-1 du Code des assurances. Ce délai continue de courir pendant les échanges amiables. Une lettre recommandée avec accusé de réception relative au règlement de l'indemnité l'interrompt et en fait repartir un nouveau, conformément à l'article L114-2 : c'est une précaution à prendre dès la première réserve sérieuse.

La fraude à l'assurance n'est pas une zone grise : le droit la définit par l'intention de tromper et la sanctionne à trois niveaux, contractuel (déchéance de garantie), civil (nullité du contrat avec primes conservées et indemnités à rembourser) et pénal (escroquerie et faux). Ce qui est gris, en revanche, c'est la frontière entre l'erreur de bonne foi et la manœuvre, et c'est précisément là que se joue le sort de la plupart des dossiers contestés. L'expert ne tranche pas cette frontière à l'intuition : il rapproche des dates, mesure l'humidité d'un mur, compare un devis au marché, vérifie l'existence d'un artisan, et il écrit ce qu'il constate avant d'écrire ce qu'il en déduit.

Pour l'assuré soupçonné à tort, la règle cardinale est que la bonne foi se présume et que la charge de la preuve pèse sur l'assureur. Elle ne dispense pas de documenter son dossier avec la même rigueur que l'expert adverse : photographies horodatées, factures identifiables, chronologie stable, réponses écrites aux demandes de pièces. Lorsque le rapport d'expertise de l'assureur conclut à une incohérence que vous contestez, une contre-expertise indépendante permet de reprendre chaque point sur pièces et sur place, puis d'ouvrir une expertise contradictoire ou, à défaut d'accord, une tierce expertise.

Notre cabinet intervient en Occitanie comme expert d'assuré sur ces situations, avec une méthode fondée sur les référentiels techniques publics et une posture strictement factuelle. Si votre dossier fait l'objet d'une réserve ou d'un refus motivé par une suspicion, contactez un expert pour une analyse préalable de votre situation.

Sources

Besoin d'aide ?

NOUS SOMMES LÀ POUR VOUS CONSEILLER

Programmer un appel

Un expert vous recontactera selon vos préférences.

Demande d'expertise

Merci de compléter le formulaire ci-dessous, nous vous recontacterons suivant vos préférences.

Informations de contact
Type d'expertise
Vos préférences de contact (optionnel)