Une caractéristique n’est pas une cause. Lorsque le refus attribue les fissures à l’absence de chaînage d’une maison ancienne, il confond deux choses. Un bâti du dix-neuvième siècle présente un mode constructif conforme aux usages de son époque : l’absence de chaînage n’est ni une non-conformité ni un désordre. Elle rend l’ouvrage plus vulnérable aux mouvements du sol — elle ne les provoque pas.
L’historique du dossier n’a pas été analysé. Lorsque la même compagnie a déjà reconnu et indemnisé un sinistre sécheresse sur le même bien, le refus qui n’y consacre aucun développement se fragilise. La question de savoir si les désordres constituent une aggravation ou une réapparition de dommages déjà indemnisés est centrale, et son absence de traitement est une lacune opposable.
Aucune investigation géotechnique n’a été réalisée, et les travaux précédents n’ont pas traité la cause. Conclure à l’absence de lien avec un phénomène de sol sans avoir sondé le sol n’est pas une démonstration. Et lorsqu’un rebouchage de fissures suivi d’un revêtement d’imperméabilité n’a pas empêché la réapparition huit ans plus tard, cela établit que le phénomène est structurel et non superficiel.
L’étude G5 : le point de bascule d’une expertise sinistre sécheresse
La norme NF P 94-500 classe les missions géotechniques. La mission G5, dite de diagnostic, est celle qui permet de caractériser ou d’écarter un retrait-gonflement sur un ouvrage existant : sondages, prélèvements, analyses en laboratoire, reconnaissance de la nature et de la profondeur réelles des fondations. C’est la seule qui répond à la question posée. Sans elle, une conclusion d’exclusion relève d’une appréciation, non d’une démonstration.
C’est précisément l’investigation que les compagnies ne financent pas spontanément. Compter environ 5 000 euros pour une étude G5, et environ 1 200 euros pour un passage caméra des réseaux d’eaux usées et pluviales — soit de l’ordre de 6 200 euros pour lever les deux hypothèses concurrentes. L’audit des réseaux n’est pas accessoire : une fuite sur canalisation enterrée produit des désordres proches et permet de requalifier le sinistre hors catastrophe naturelle.
L’enjeu d’une expertise sinistre sécheresse bien conduite est souvent d’obtenir que cette étude soit diligentée, et si possible aux frais de l’assureur. Nous avons obtenu cet engagement par protocole, y compris dans un dossier où la compagnie maintenait par ailleurs son refus.
Prescription : cinq ans, et non deux
C’est l’information la plus actionnable de tout le sujet, et elle est presque introuvable. Le délai de prescription de droit commun en assurance est de deux ans. Beaucoup d’assurés — et une partie des professionnels — l’appliquent par réflexe et renoncent trop tôt.
Or la loi n° 2021-1837 du 28 décembre 2021 a porté ce délai à cinq ans pour les actions dérivant d’un contrat d’assurance, s’agissant des dommages résultant de mouvements de terrain consécutifs à la sécheresse-réhydratation des sols reconnus au titre de la garantie catastrophe naturelle. Trois années supplémentaires, sur un contentieux où l’instruction se compte en années.
Concrètement, un refus notifié il y a trois ans n’est pas nécessairement perdu. Un dossier abandonné après un premier rapport défavorable peut être rouvert. Avant de conclure qu’il est trop tard, il faut vérifier la date de l’arrêté, la date de la déclaration et la date du refus — l’ordre de ces trois dates détermine ce qui reste possible.
Le protocole de preuve, quand l’assureur maintient son refus
Contester ne suffit pas toujours : il faut parfois construire la preuve dans le temps. Le protocole que nous mettons en place retourne l’argument adverse contre lui-même. Première étape, poser des jauges et établir une situation de référence datée — le cas échéant constatée par commissaire de justice, afin de la rendre opposable. Deuxième étape, réparer les désordres hydrauliques que l’assureur invoque comme cause de substitution, en documentant par photographies et factures.
Troisième étape, suivre l’évolution sur un cycle de sécheresse complet : un été au minimum, douze mois idéalement, avec des relevés tous les trois mois. La conclusion s’impose alors d’elle-même. Si les fissures continuent d’évoluer après suppression des causes hydrauliques alléguées, l’explication hydraulique est écartée — par les faits, et non par un avis contraire.
Ce dispositif se double d’un montage contractuel utile lorsque vous ne pouvez pas attendre pour réparer : un protocole qui maintient expressément vos réserves sur l’instabilité du sol au titre de l’article L125-1 du Code des assurances, prévoit la pose de jauges, engage l’assureur à diligenter une G5 nonobstant son refus initial, et stipule une clause de réouverture avec remboursement des frais engagés si l’instabilité est confirmée. À défaut d’accord, le référé de l’article 145 du Code de procédure civile permet de faire désigner un expert judiciaire.
Combien de temps cela prend réellement
Personne ne publie ces délais, et ce sont pourtant les premiers que l’on cherche. Voici ceux que nous observons sur nos dossiers, mesurés et non estimés. Entre la déclaration de catastrophe naturelle en mairie et la publication de l’arrêté au Journal officiel : jusqu’à douze mois. Entre la déclaration à l’assureur et le passage de son expert : environ six mois. Entre cette expertise et la notification du rapport définitif : jusqu’à quatorze mois.
Cumulés, ces délais donnent des trajectoires que nous avons vues : trois ans sans la moindre indemnisation sur un dossier, sept ans entre l’apparition des premières fissures et le classement définitif sur un autre. C’est long, c’est éprouvant, et c’est précisément pour cela que la prescription de cinq ans est déterminante.
Le rythme change de l’autre côté. Six semaines entre la saisine du cabinet et la remise du rapport technique. Onze jours entre la réception d’un rapport de refus et l’envoi de la contestation motivée en recommandé. La contrainte de temps ne joue pas contre vous une fois le dossier repris en main.
Ce que coûte une expertise sinistre sécheresse et qui la paie
Les honoraires d’un expert d’assuré sont proportionnels à l’enjeu : ils représentent de l’ordre de 5 % de l’indemnité totale obtenue. En dessous de 25 000 euros d’enjeu, la mission n’a pas de sens économique et nous le disons avant de l’accepter. Au-delà, le taux se discute au cas par cas selon l’ampleur du dossier.
Dans beaucoup de cas, ces honoraires ne sont pas à votre charge. La garantie protection juridique, souscrite auprès de votre banque ou incluse dans votre multirisque habitation, prévoit fréquemment la prise en charge directe des frais d’expertise d’assuré — c’est écrit dans leurs contrats, pas dans les nôtres. La vérification prend cinq minutes et se fait avant tout engagement. Elle n’est pas systématique : certains contrats l’excluent.
Restent les investigations, qui suivent une autre logique. L’étude G5 et l’audit caméra des réseaux sont des dépenses techniques, pas des honoraires. Une expertise sinistre sécheresse a précisément pour objet d’obtenir qu’elles soient prises en charge — soit par la compagnie dans le cadre de l’instruction, soit par l’indemnité, soit par décision de justice si le dossier va jusque-là.