Mis à jour le 10 septembre 2026
Artisan disparu, entreprise fermée ou en liquidation : recours pour malfaçon ou chantier inachevé : de quoi parle-t-on ?
Le scénario est toujours le même dans son déroulé, et c'est ce qui le rend si déstabilisant. Un désordre apparaît sur un ouvrage récent : une toiture qui fuit, une électricité dangereuse, une cloison qui laisse passer le bruit du voisin, un chantier qui s'arrête un matin et ne reprend jamais. Le maître d'ouvrage appelle l'entreprise. Le numéro ne répond plus, le courrier recommandé revient avec la mention « destinataire inconnu à l'adresse », ou bien la consultation du registre du commerce révèle une procédure collective en cours. La question « malfaçon entreprise fermée », que se posent alors les propriétaires, traduit précisément ce moment : le désordre est là, le responsable a disparu, et personne ne sait vers qui se tourner.
La première erreur, et nous la voyons régulièrement dans nos missions, consiste à croire qu'une entreprise fermée emporte avec elle les garanties de l'ouvrage. C'est faux dans la majorité des cas. La disparition de la personne morale ne fait pas disparaître le contrat d'assurance qui couvrait ses travaux, ni les garanties légales attachées à la construction, ni la possibilité de faire reconnaître une créance dans la procédure collective. Ce qui disparaît, en revanche, c'est l'interlocuteur capable de revenir sur le chantier pour réparer : la solution passe donc obligatoirement par la preuve technique du désordre et par l'identification du bon débiteur, qui n'est plus l'entreprise mais son assureur ou son mandataire.
Cette page pose le vocabulaire (liquidation, radiation, cessation d'activité, déclaration de créance, action directe), déroule la méthode que nous appliquons lorsqu'un mandant nous saisit dans cette situation, et chiffre ce que coûte et ce que dure chaque étape. Elle s'appuie sur des dossiers traités par le cabinet et sur les textes publics. Elle ne remplace pas la page de tête du site sur les malfaçons et garanties : elle en est le prolongement pour le cas précis où le constructeur n'est plus là pour répondre.
une entreprise fermée n'est pas une garantie éteinte. Le maître d'ouvrage perd un interlocuteur, pas ses droits ; il doit seulement changer de cible (assureur, mandataire judiciaire) et apporter lui-même la preuve technique que l'entreprise n'est plus là pour contester.
Quel était le contexte de l'intervention ?
La matière de cette page provient de trois missions du cabinet traitées en octobre 2025. Aucune des trois ne portait, au moment de notre visite, sur une entreprise déjà radiée : dans chacune, la société était encore joignable ou, au moins, encore inscrite. C'est précisément ce qui en fait un matériau utile pour la question « malfaçon entreprise fermée » : ces dossiers montrent ce qui se joue en amont, au moment où le maître d'ouvrage doit constituer une preuve qui tiendra même si l'entreprise disparaît entre le constat et le jugement. Dans notre pratique, c'est le cas de figure le plus fréquent : la fermeture survient rarement avant le premier courrier, elle survient pendant la procédure.
Le premier dossier concernait des pertes d'eau persistantes sur un réseau réalisé par un artisan, sans fuite visible. Le mandant observait une consommation anormale et des traces d'humidité, sans pouvoir désigner l'origine. La question posée était double : la malfaçon engage-t-elle la responsabilité de l'artisan au titre des garanties légales, et quelle preuve construire pour une démarche judiciaire ultérieure ?
Le deuxième dossier portait sur une couverture métallique présentant, sur une zone identifiée comme la zone 3, un défaut de pente, un raccordement de lanterneau non conforme et des fixations défaillantes. Un protocole amiable était en cours avec l'entreprise et son assureur, et une expertise contradictoire était annoncée. L'enjeu était de savoir si la reprise devait passer par une pente portée à 10 % ou par un rectificatif de l'alignement de la charpente, dans le respect du DTU 40.35 et des règles de l'art.
Le troisième dossier concernait un chantier de logement livré en retard de 70 jours, avec des défauts de finition, une inversion de phase sur des prises électriques, des fils de terre non raccordés, des cloisons séparatives n'atteignant pas la performance acoustique minimale requise de 42 dB et une VMC double flux dont les débits n'étaient pas équilibrés. Le maître d'ouvrage cherchait à contraindre l'entreprise à achever et corriger, ce qui suppose de qualifier chaque défaut au regard de la garantie applicable : la lecture des garanties après construction (parfait achèvement, bon fonctionnement, décennale) conditionne le recours.
Ce que ces trois situations ont en commun, et qui structure la suite de la page : un désordre technique caractérisable, une entreprise dont la solidité n'est pas garantie, et un mandant qui a besoin d'un document opposable avant que la situation ne se dégrade.
le bon moment pour constituer la preuve d'une malfaçon est celui où l'entreprise existe encore, pas celui où elle a fermé. Les trois dossiers d'octobre 2025 illustrent des désordres (fuite invisible, couverture non conforme, électricité et acoustique défaillantes) dont la qualification technique conditionne le recours ultérieur, entreprise présente ou non.
Quelle mission l'expert a-t-il reçue ?
Dans les trois cas, la mission confiée au cabinet était un constat technique unilatéral : une visite, des mesures, des photographies datées, un rapport rédigé selon la norme NF X50-110 (2024) qui encadre la qualité des prestations d'expertise. « Unilatéral » signifie que l'expert est mandaté par une seule partie et que l'entreprise n'est pas convoquée. Ce cadre est souvent mal compris : il ne s'agit pas d'une expertise contradictoire, et le rapport n'a pas la même autorité qu'un rapport d'expert judiciaire. Il a en revanche une valeur factuelle que les tribunaux admettent comme élément de preuve dès lors qu'il est soumis à la discussion des parties, et c'est exactement le rôle qu'il tient face à une entreprise qui ne répondra plus.
Ce qui était explicitement hors mission mérite d'être dit, parce qu'une conclusion d'expert dit aussi ce qu'elle ne dit pas. Dans le premier dossier, la localisation de la fuite était hors mission : le rapport constate les pertes d'eau et recommande, si elles persistent, une investigation spécialisée par gaz traceur ou imagerie thermique. Dans le deuxième, l'assistance à maîtrise d'ouvrage pour la reprise et la présence aux réunions d'expertise contradictoire étaient proposées comme missions complémentaires, distinctes du constat. Dans le troisième, l'expertise contradictoire n'était pas jugée nécessaire à ce stade : le rapport établit le constat pour une action future. Dans les trois cas, l'avis juridique était hors mission : le rapport technique ne remplace pas la consultation d'un avocat en droit de la construction, et un rendez-vous téléphonique avec un avocat spécialisé est offert aux mandants qui en font la demande.
Cette distinction entre cadres de mission a une traduction directe en honoraires. Le tableau ci-dessous reprend notre grille publiée et les médianes réellement facturées ; les montants d'expertise judiciaire dépendent du tribunal.
| Cadre de la mission | Ce qu'il produit | Honoraires (grille publiée / médiane facturée) |
|---|---|---|
| Constat technique unilatéral | Rapport daté, mesures, photographies, qualification du désordre | 960 € en grille (acompte 60 %) ; médiane facturée 790 € sur 2 323 dossiers |
| Note technique | Analyse ciblée d'un point de désordre, sans constat complet | 720 € |
| Contre-expertise | Lecture critique du rapport d'un assureur ou d'un expert adverse | Médiane facturée 790 € sur 66 dossiers |
| Assistance en expertise contradictoire | Présence aux réunions, dires techniques, défense du contradictoire | Médiane facturée 900 € sur 535 dossiers |
| Expertise judiciaire (art. 232 du Code de procédure civile) | Rapport de l'expert désigné par le juge, opposable à toutes les parties | Consignation fixée par le tribunal, avancée par le demandeur |
Le prix d'entrée de la grille est de 690 € HT, soit 828 € TTC, pour un enjeu de travaux inférieur à 30 000 € ; au-delà, les honoraires sont fixés à 5 % de l'enjeu. Ces montants sont ceux de l'expertise, à ne pas confondre avec le coût des travaux de reprise, traité plus loin.
Le choix du cadre dépend de l'état de l'entreprise. Tant qu'elle existe, le constat unilatéral suffit à ouvrir la discussion amiable et à saisir l'assureur. Si elle a cessé de répondre ou si l'attestation décennale se révèle absente ou périmée, la question change de nature : nous renvoyons alors vers notre page sur les recours contre un artisan sans assurance décennale, qui traite le défaut d'assurance comme infraction pénale distincte de la malfaçon elle-même.
un constat technique unilatéral est le socle de tout recours contre une entreprise susceptible de fermer, parce qu'il fige la preuve sans dépendre de la présence de l'entreprise. Il ne remplace ni l'expertise contradictoire ni l'avis juridique, et son coût (690 € HT d'entrée, médiane facturée 790 €) reste sans rapport avec le coût des travaux.
Qu'a montré le constat sur place ?
L'ordre des opérations est le même quel que soit le désordre, et il est particulièrement important lorsque l'entreprise risque de disparaître : chaque élément relevé doit pouvoir être reconstitué par un tiers sans notre présence.
Le constat commence hors du bâtiment, par les documents. Nous vérifions le devis signé, les factures, le procès-verbal de réception s'il existe, l'attestation d'assurance décennale remise à l'ouverture du chantier (article L243-2 du Code des assurances impose qu'elle figure sur les devis et factures) et l'état de l'entreprise au registre du commerce. Cette dernière vérification, gratuite, se fait via les annonces du BODACC et les données de l'annuaire des entreprises accessibles depuis service-public.fr : une mention « procédure de redressement », « liquidation judiciaire » ou « radiation » change immédiatement la suite du dossier. Dans les trois missions d'octobre 2025, les entreprises étaient encore actives.
Sur la couverture du deuxième dossier, les observations se sont faites dans l'ordre suivant. Relevé de la pente réelle des plaques sur la zone 3 et comparaison avec la pente minimale admise par le DTU 40.35 pour ce type de couverture métallique, dont les règles de mise en œuvre sont documentées par le CSTB. Examen du raccordement du lanterneau : recouvrement des relevés, présence et continuité des closoirs, sens de pose par rapport au fil de l'eau. Contrôle des fixations : nombre par mètre carré, positionnement en sommet ou en fond de nervure, état des rondelles d'étanchéité. Enfin, lecture de l'alignement de la charpente, parce qu'un défaut de pente peut venir de la couverture ou du support, et que la solution de reprise (pente portée à 10 % ou rectification de l'alignement) dépend de cette origine.
lire une couverture métallique non conforme
L'œil exercé se place au faîtage et suit la ligne des nervures pour repérer une contre-pente ou une rupture d'alignement que l'eau stagnante trahit par des traces de calcaire.
Autour du lanterneau, il cherche un relevé trop court, un closoir absent ou une plaque posée à contre-sens du fil de l'eau, qui sont les trois entrées d'eau classiques.
Sur les fixations, il compte les vis par plaque, vérifie qu'elles sont en sommet de nervure et repère les rondelles fendues ou décollées qui annoncent une infiltration future.
Sur le logement du troisième dossier, l'ordre change parce que la sécurité prime. Le premier geste est le test des prises au testeur de polarité : une inversion de phase et de neutre, contraire à la NF C 15-100, a été relevée, ainsi que des conducteurs de terre non raccordés ou non isolés. Ce défaut est classé urgent dans le rapport, car il expose à un risque d'électrocution indépendamment de toute question de garantie. Viennent ensuite les cloisons séparatives : examen de la pose (désolidarisation, joints, remplissage), des matériaux et des finitions au regard de la performance minimale requise de 42 dB, puis le contrôle des débits de la VMC double flux bouche par bouche, qui a montré un déséquilibre nécessitant réglage. Les défauts de finition et le retard de 70 jours sont consignés séparément : ce sont des manquements contractuels, pas des désordres de construction, et ils ne relèvent pas des mêmes garanties.
Sur les pertes d'eau du premier dossier, le constat s'est limité à ce qui était visible : traces d'humidité, relevé de compteur, absence de fuite apparente sur les parties accessibles du réseau. Le rapport le dit sans détour : la fuite est invisible à ce stade, et sa localisation suppose un gaz traceur ou une caméra thermique, c'est-à-dire une mission distincte.
Ce qui rend ces relevés utilisables si l'entreprise ferme, c'est leur forme. Chaque mesure est datée, localisée sur plan, photographiée avec un repère d'échelle et rattachée à la règle qu'elle enfreint (DTU, norme, contrat). Un juge ou un assureur doit pouvoir la vérifier sans nous. C'est aussi ce qui permet, dans l'année suivant la réception, d'appuyer une demande au titre de la garantie de parfait achèvement avec des réserves précises plutôt qu'une liste de griefs.
un constat qui doit survivre à la fermeture de l'entreprise commence par les documents (devis, attestation décennale, état au registre du commerce) avant les mesures, traite la sécurité en premier, et rattache chaque relevé à la règle enfreinte pour qu'un tiers puisse le vérifier seul.
Quelle conclusion l'expertise a-t-elle rendue ?
Trois dossiers, trois conclusions distinctes, parce que les désordres n'étaient pas de même nature. Ce qui les réunit, c'est la manière dont elles sont rédigées : chacune sépare ce qui est établi par la mesure, ce qui est probable et ce qui reste à démontrer. Cette discipline est ce qui permet à un rapport de rester exploitable le jour où l'entreprise n'est plus là pour le discuter, car un assureur ou un mandataire judiciaire attaque toujours un rapport unilatéral sur ce qu'il affirme sans l'avoir mesuré.
Sur les pertes d'eau, la conclusion retient un défaut d'exécution du réseau imputable à l'artisan, de nature à engager sa responsabilité au titre des garanties légales de l'ouvrage. Elle ne va pas plus loin, et c'est volontaire : aucune localisation n'est retenue, faute de fuite visible sur les parties accessibles, et aucun chiffrage de reprise n'est avancé, puisqu'on ne chiffre pas la réparation d'un point que l'on n'a pas localisé. La conclusion dit explicitement qu'elle laisse ouverte la question de l'origine exacte et renvoie à une investigation par gaz traceur ou imagerie thermique. Un rapport qui aurait désigné une origine sans l'avoir vue aurait été fragile, et un défendeur absent n'a même pas besoin de le contester : son assureur le fera pour lui.
Sur la couverture métallique, la conclusion retient trois non-conformités d'exécution au regard du DTU 40.35 : pente insuffisante sur la zone 3, raccordement du lanterneau non conforme, fixations défaillantes. Elle ne tranche pas entre les deux solutions de reprise (pente portée à 10 % ou rectification de l'alignement de la charpente), et là encore c'est un choix : l'origine du défaut de pente se partage entre la couverture et son support, et la décision relève de la maîtrise d'ouvrage une fois les deux options chiffrées. Le rapport propose d'accompagner ce choix dans le cadre d'une mission d'assistance distincte. Cette réserve a une portée directe pour notre sujet : lorsqu'une entreprise ferme, la reprise est réalisée par un tiers, et l'assureur décennal indemnise la solution nécessaire et suffisante, pas la plus ambitieuse. Un rapport qui a documenté les deux options protège le maître d'ouvrage contre le reproche d'avoir choisi la plus coûteuse sans justification.
Sur le logement livré en retard, la conclusion cumule des défauts d'exécution (inversion phase-neutre et terres non raccordées contraires à la NF C 15-100, cloisons séparatives sous la performance de 42 dB, débits de VMC double flux déséquilibrés) et des manquements contractuels (finitions, retard de 70 jours). Elle qualifie l'ensemble de manquement contractuel majeur justifiant une procédure pour contraindre l'entreprise à achever et corriger. Elle écarte, à ce stade, la nécessité d'une expertise contradictoire, pour une raison technique : une inversion de polarité se lit au testeur, un débit se mesure à l'anémomètre, un retard se compte sur le calendrier. Ces constats sont reproductibles par n'importe quel technicien, et la contradiction n'en changerait pas la valeur.
Ce que ces conclusions ne disent pas, et ne doivent pas dire, c'est la garantie juridiquement applicable à chaque défaut : c'est le travail de l'avocat. Mais l'expert prépare ce travail en qualifiant la gravité, et cette qualification devient décisive dès que l'entreprise a fermé, parce qu'elle détermine qui paiera. Un défaut électrique exposant à l'électrocution porte atteinte à la sécurité des personnes, ce qui relève du régime de la responsabilité décennale et donc de l'assureur, atteignable par action directe. Un défaut d'isolement acoustique est admis par la jurisprudence dans le même régime lorsqu'il rend le logement impropre à sa destination ; en dessous de ce seuil de gravité, il relève du parfait achèvement ou du droit commun. Une VMC déséquilibrée est un élément d'équipement dissociable : elle relève de la garantie de bon fonctionnement de deux ans, qui n'est couverte par aucune assurance obligatoire ; si l'entreprise a fermé, cette créance se déclare au mandataire et se recouvre rarement. Les finitions et le retard sont des créances contractuelles ordinaires, dites chirographaires dans la procédure collective, servies après les créanciers privilégiés et le plus souvent pour une fraction de leur montant.
Une dernière distinction structure toute conclusion d'expertise dans ce contexte : la différence entre une non-conformité et un désordre. Une pente de couverture inférieure au DTU sans aucune infiltration est une non-conformité ; elle engage l'entreprise sur le terrain contractuel, mais pas son assureur décennal, qui ne couvre que des dommages effectifs. La même pente avec des traces de stagnation et des entrées d'eau devient un désordre, et l'assureur est tenu. C'est pourquoi nos rapports consignent systématiquement les manifestations du dommage (traces, calcaire, humidité mesurée) et pas seulement l'écart à la règle. Pour savoir lequel des assureurs saisir en premier lorsque le constructeur a disparu, notre page sur la différence entre dommages-ouvrage et décennale détaille l'ordre d'action.
face à une entreprise qui peut fermer, la conclusion d'expertise vaut par ce qu'elle mesure et par ce qu'elle refuse d'affirmer sans preuve. Elle doit distinguer désordre et simple non-conformité, car seul le désordre engage l'assureur décennal, et qualifier la gravité de chaque défaut, car c'est elle qui désigne le débiteur final : assureur pour les atteintes à la solidité ou à la destination, procédure collective pour le reste.
Quel chiffrage retenir pour ce type de désordre ?
Les montants qui suivent sont des ordres de grandeur publics, observés sur le marché de la réparation pour les familles de désordres rencontrées dans ces dossiers. Ils ne correspondent ni aux devis des trois missions d'octobre 2025, ni aux honoraires facturés : un montant exact ré-identifierait un dossier, et il n'aurait de toute façon aucune valeur pour un autre ouvrage. Un chiffrage ferme suppose un diagnostic préalable, sur place, de l'étendue réelle du désordre.
| Poste de travaux de reprise | Fourchette indicative | Ce qui fait varier le montant |
|---|---|---|
| Mise en sécurité électrique (correction de polarité, raccordement des terres, contrôle du tableau) | 300 à 1 500 € | Nombre de points à reprendre, accessibilité des boîtes, nécessité de repasser des conducteurs |
| Reprise acoustique d'une cloison séparative (dépose du parement, désolidarisation, laine, double plaque, joints) | 80 à 150 € par m² | Surface, type de plaque (standard ou haute densité), traitement des jonctions plancher et plafond |
| Rééquilibrage d'une VMC double flux | 150 à 400 € | Nombre de bouches, accès aux réglages ; le remplacement du caisson porte le poste à 3 000 à 8 000 € |
| Reprise d'une couverture en bac acier avec correction de pente | 60 à 120 € par m² | Dépose ou non des plaques existantes, épaisseur, présence d'un isolant, échafaudage |
| Rectification de l'alignement de charpente | 2 000 à 10 000 € | Linéaire concerné, nature du support (bois ou métal), reprise des fixations de la couverture |
| Reprise du raccordement d'un lanterneau (relevés, closoirs, étanchéité) | 500 à 2 000 € | Dimensions, accessibilité, remplacement ou non de la costière |
| Recherche de fuite par une entreprise de plomberie (gaz traceur, caméra thermique) | 400 à 1 200 € | Longueur du réseau, réseau encastré ou apparent, nombre de passages nécessaires |
| Reprise d'un réseau encastré après localisation | 800 à 3 000 € | Ouverture et refermeture des supports, carrelage ou parquet à déposer, remise en peinture |
Ces montants sont des coûts de travaux, à distinguer des honoraires d'expertise dont la grille figure plus haut. La confusion entre les deux est fréquente dans les recherches sur « malfaçon entreprise fermée » : la question « combien ça coûte » recouvre en réalité trois budgets différents, l'expertise qui fige la preuve, les travaux de reprise, et les frais de procédure (avocat, consignation d'expertise judiciaire) qui ne se chiffrent qu'au cas par cas.
Trois paramètres font bouger ces fourchettes plus que tous les autres. Le premier est la TVA : les travaux de reprise dans un logement achevé depuis plus de deux ans relèvent du taux réduit de 10 %, alors que la reprise d'un ouvrage neuf reste à 20 %. Le second est l'effet d'échelle inversé : reprendre une seule cloison coûte proportionnellement beaucoup plus cher qu'en reprendre six, parce que le déplacement, la protection du chantier et l'évacuation des gravats sont des coûts fixes. Le troisième est le surcoût de l'entreprise de substitution : un artisan qui reprend le travail d'un autre facture le risque d'hériter de défauts cachés, et il n'est pas rare que son devis soit supérieur de 20 à 30 % à ce qu'aurait coûté une exécution correcte dès l'origine. Ce surcoût fait partie du préjudice réparable, et il doit apparaître dans le chiffrage que l'on présente à l'assureur ou au mandataire.
Le retard de chantier se chiffre différemment. Lorsque le contrat est un contrat de construction de maison individuelle, l'article R231-14 du Code de la construction et de l'habitation impose une pénalité minimale de 1/3000 du prix convenu par jour de retard ; pour 70 jours, la pénalité représente donc au moins 2,33 % du prix du contrat. Hors CCMI, la pénalité dépend uniquement de la clause du devis ou du marché, et faute de clause, le préjudice se prouve (loyer d'un logement provisoire, garde-meubles, frais bancaires intercalaires). Ces sommes sont des créances contractuelles : si l'entreprise a fermé, elles rejoignent la déclaration de créance et ne sont pas prises en charge par l'assureur décennal.
Le chiffrage joue enfin un rôle procédural précis. Dans la procédure collective, la créance se déclare pour un montant, et un montant sous-évalué ne se rattrape pas facilement après l'expiration du délai. Face à l'assureur, le chiffrage détermine l'offre d'indemnisation, et un assureur indemnise sur devis d'entreprise, pas sur estimation d'expert : le rapport doit donc être accompagné d'au moins un devis détaillé de reprise, idéalement deux, établis par des entreprises qui ont lu le rapport. L'Agence Qualité Construction publie des retours d'expérience sur le coût des reprises par famille de pathologie qui permettent de vérifier qu'un devis reste dans les ordres de grandeur du marché.
les fourchettes ci-dessus sont des repères publics par famille de désordre, jamais le chiffrage d'un dossier précis, et un chiffrage ferme suppose un diagnostic sur place. Face à une entreprise fermée, le montant présenté au mandataire ou à l'assureur doit inclure le surcoût de substitution et les pénalités contractuelles, et s'appuyer sur des devis d'entreprise, pas seulement sur l'estimation du rapport.
Quand faire appel à un expert indépendant face à une entreprise fermée ?
Le bon moment n'est pas celui où la fermeture est confirmée, c'est celui où elle devient probable. Plusieurs signaux précèdent en pratique la radiation ou le jugement d'ouverture : une mise en demeure restée sans réponse au-delà de quinze jours, un chantier arrêté sans explication, un gérant qui ne répond plus qu'à un tiers, une attestation d'assurance dont on découvre qu'elle porte sur une activité différente de celle réalisée, une inscription de privilège du Trésor ou de l'URSSAF au greffe. À ce stade, l'entreprise existe encore et un constat unilatéral peut lui être notifié, ce qui en renforce la valeur : elle a eu la possibilité de le contester et ne l'a pas fait.
Si la procédure collective est déjà ouverte, le cadre change et l'expert doit s'y adapter. L'ouverture d'une sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation suspend les poursuites individuelles contre l'entreprise : on ne peut plus l'assigner pour obtenir paiement, on déclare sa créance. Cette déclaration doit être accompagnée de pièces, et c'est ici que le rapport technique prend sa fonction : il justifie la créance dans son principe et dans son montant devant un mandataire qui ne se déplacera pas. Un créancier qui a manqué le délai de déclaration peut demander un relevé de forclusion au juge-commissaire dans les six mois suivant la publication du jugement, en établissant que sa défaillance n'est pas due à son fait, ce qui est le cas typique d'un désordre apparu après le jugement.
L'action directe contre l'assureur, elle, n'est pas suspendue par la procédure collective. Elle suppose d'identifier l'assureur, ce qui est parfois la vraie difficulté : l'attestation remise en début de chantier est la première source, les factures qui doivent la mentionner la seconde, et le mandataire judiciaire, qui détient les archives de l'entreprise, la troisième. Un expert habitué à ces dossiers vérifie aussi que l'activité déclarée à l'attestation correspond bien aux travaux exécutés, car un couvreur assuré pour la couverture mais pas pour la charpente laisse un maître d'ouvrage sans recours sur la partie charpente, entreprise fermée ou non.
Le rôle de l'expert évolue si le dossier passe en expertise judiciaire, ce qui est fréquent lorsque le constructeur a disparu : le juge des référés peut ordonner une mesure d'instruction sur le fondement de l'article 145 du Code de procédure civile, et l'expert désigné convoque toutes les parties, y compris le liquidateur qui représente l'entreprise et l'assureur décennal. Le maître d'ouvrage se retrouve alors seul face à des professionnels de l'assurance qui viennent avec leur propre expert. Notre assistance en expertise contradictoire consiste à répondre à leurs dires techniques, à faire consigner les mesures utiles et à empêcher que le silence de l'entreprise soit interprété en faveur de son assureur. Lorsqu'une dommages-ouvrage a été souscrite, l'ordre est différent : c'est elle qui préfinance la réparation et se retourne ensuite contre l'assureur du constructeur, ce qui en fait le recours le plus rapide quand le constructeur a fermé ; notre page sur l'assurance dommages-ouvrage explique son fonctionnement et les recours en cas de refus.
Il y a aussi des situations où nous déconseillons l'expertise. Lorsque les désordres se limitent à des finitions dont la reprise coûte moins que le constat lui-même, et que l'entreprise est en liquidation sans assurance identifiable, la créance sera déclarée pour mémoire et le rapport ne changera rien au taux de recouvrement. Lorsqu'un assureur dommages-ouvrage a déjà mandaté son expert et que ses conclusions sont acceptables, la contre-expertise n'a de sens qu'en cas de refus ou de sous-évaluation. Lorsque le désordre est purement esthétique et la réception acquise sans réserve, aucune garantie ne le couvre plus, entreprise présente ou non. Un expert indépendant qui refuse une mission inutile rend au mandant un meilleur service qu'un rapport qui ne servira pas.
Les maîtres d'ouvrage qui souhaitent vérifier l'étendue de leurs droits avant de nous solliciter trouveront sur le site de l'ANIL des fiches d'information indépendantes sur les garanties de la construction et les assurances associées. Ce qui n'y figure pas, et qui fait l'objet de notre intervention, c'est la preuve technique du désordre dans une forme qui résiste à l'absence de l'entreprise.
l'expert indépendant intervient utilement dès les premiers signes de défaillance de l'entreprise, avant la radiation, pour que le constat puisse lui être notifié. Une fois la procédure collective ouverte, son rapport justifie la déclaration de créance et fonde l'action directe contre l'assureur, qui n'est pas suspendue ; il devient indispensable en expertise judiciaire, où le maître d'ouvrage fait face seul aux experts d'assurance. Il est en revanche inutile pour des finitions sans assureur identifiable ou des désordres esthétiques après réception sans réserve.
FAQ : vos questions sur malfaçon entreprise fermée ?
Quels recours pour une malfaçon ou un chantier inachevé quand l'entreprise a fermé ?
Pour le chantier inachevé, l'article L622-13 du Code de commerce permet d'adresser au mandataire une mise en demeure de prendre parti sur la poursuite du contrat ; sans réponse sous un mois, le contrat est résilié de plein droit et le maître d'ouvrage peut confier la fin des travaux à un tiers. Pour la malfaçon, la voie passe par l'assureur décennal et la déclaration de créance. Le cadre général des recours est présenté sur notre page de tête, déjà citée.
Combien coûte une malfaçon entreprise fermée ?
Trois budgets se superposent : l'expertise, dont la grille figure plus haut ; les travaux de reprise, dont les fourchettes par poste sont détaillées dans le tableau de chiffrage ; et les frais de procédure, variables selon que l'on obtient un accord de l'assureur ou que l'on doit saisir le juge. Le poste le plus souvent oublié est le surcoût de l'entreprise de substitution, qui fait pourtant partie du préjudice indemnisable.
Comment reconnaître qu'une entreprise a fermé ?
Le registre du commerce distingue plusieurs états qui n'ont pas les mêmes conséquences. La cessation d'activité déclarée ou la mise en sommeil laissent la société existante et assignable. Le redressement ou la liquidation judiciaire, publiés au BODACC, ouvrent la procédure collective et désignent un mandataire. La radiation clôt l'existence juridique : seul l'assureur reste alors atteignable. Un artisan qui ne répond plus sans aucune mention au registre n'est pas fermé, il est défaillant.
Quelles sont les causes d'une malfaçon suivie d'une fermeture d'entreprise ?
Les deux phénomènes sont souvent liés par la même cause : une entreprise sous-capitalisée qui accepte trop de chantiers, sous-traite en cascade sans contrôle et rogne sur l'exécution pour tenir ses délais. La sinistralité qui en résulte fait monter les primes d'assurance, parfois jusqu'à la résiliation du contrat, ce qui explique que malfaçon et défaut d'assurance se rencontrent fréquemment ensemble. Les données de l'INSEE sur les défaillances montrent que le bâtiment reste l'un des secteurs les plus exposés.
Qui contacter pour une malfaçon quand l'entreprise a fermé ?
Dans l'ordre : le mandataire judiciaire dont les coordonnées figurent dans l'annonce du BODACC, pour déclarer la créance et obtenir l'identité de l'assureur ; l'assureur décennal du constructeur, par lettre recommandée exposant le désordre ; l'assureur dommages-ouvrage si une police a été souscrite ; la protection juridique de votre assurance habitation, qui prend souvent en charge une partie des frais d'expertise et d'avocat ; enfin un avocat en droit de la construction et un expert indépendant pour la preuve technique.
Quel délai prévoir pour une malfaçon entreprise fermée ?
Au-delà du délai de déclaration de créance rappelé plus haut, comptez six mois pour un relevé de forclusion si le désordre est apparu après le jugement. L'assureur dommages-ouvrage doit prendre position sur la garantie sous 60 jours et présenter une offre sous 90 jours à compter de la déclaration de sinistre. Une action directe contre l'assureur décennal aboutit en quelques mois par accord, mais une expertise judiciaire suivie d'un jugement s'étale couramment sur 18 à 36 mois.
L'assurance couvre-t-elle une malfaçon lorsque l'entreprise a fermé ?
L'assurance décennale couvre les désordres qui compromettent la solidité ou rendent l'ouvrage impropre à sa destination, et la fermeture de l'entreprise n'y change rien puisque la garantie est attachée au chantier déclaré. Elle ne couvre ni les finitions, ni les retards, ni les éléments d'équipement relevant du bon fonctionnement, sauf extension facultative du contrat. La dommages-ouvrage, si elle existe, préfinance la réparation sans attendre la recherche de responsabilité.
Malfaçon ou vice caché : quelle qualification quand l'entreprise a disparu ?
La malfaçon vise le constructeur au titre des garanties de la construction ; le vice caché de l'article 1641 du Code civil vise le vendeur d'un bien. Lorsque l'acheteur d'un logement récent découvre un désordre et que l'entreprise qui l'a réalisé a fermé, les deux voies peuvent coexister : action contre le vendeur pour vice caché et action directe contre l'assureur du constructeur. Le choix dépend de la date de réception et de ce que le vendeur connaissait.
Une malfaçon découverte alors que l'entreprise a fermé n'est pas une impasse, c'est un changement d'interlocuteur. Les garanties légales de l'ouvrage restent attachées à la construction, l'assureur décennal du constructeur reste tenu par action directe, et la procédure collective offre un cadre, contraint mais réel, pour faire reconnaître la créance. Ce qui change, c'est que la charge de la preuve repose entièrement sur le maître d'ouvrage : plus personne ne reviendra constater avec lui, et tout ce qui n'a pas été relevé, daté et rattaché à une règle technique sera difficile à faire valoir.
C'est pourquoi nous insistons, dans nos rapports comme dans cette page, sur l'ordre des opérations : vérifier l'état de l'entreprise et l'attestation d'assurance avant même la première mesure, traiter la sécurité en priorité, distinguer ce qui relève du parfait achèvement, du bon fonctionnement ou de la décennale, et séparer clairement le coût de l'expertise de celui des travaux. Les pages du site consacrées à la garantie de parfait achèvement, à l'assurance dommages-ouvrage, à la différence entre dommages-ouvrage et décennale, aux garanties après construction et au défaut d'assurance décennale complètent cette référence sur chacun de ces points.
Chaque situation a ses particularités : date de réception, nature du désordre, existence ou non d'une dommages-ouvrage, stade de la procédure collective. Si vous êtes confronté à une entreprise qui ne répond plus, vous pouvez nous exposer votre situation ; nous vous indiquerons quel cadre de mission est adapté, et lequel ne l'est pas.